L'Affaire des Poisons

1670, entre Messes Noires et sombres complots, pénétrez la plus effroyable affaire de tous les temps !
 
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 Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)

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Charlotte de Gramont
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MessageSujet: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Sam 23 Jan - 22:37

Le temps était à l'orage. En ce froid matin de janvier, le parc était pour ainsi dire déserté, et convenait bien à la promeneuse solitaire qui arpentait les allées de Versailles depuis l'aube ou presque.
Dans le ciel, les nuages menaçaient de déborder et de déverser en trombes d'eau une pluie froide et drue, si ce n'était de la neige. En bas aussi, dans le parc, le coeur lourd de la noble dame menaçait de déborder, elle en était presque à souhaiter qu'il pleuve, pour ne pas craindre elle de pleurer, qui pourrait alors distinguer ses larmes des gouttes de pluie?
A une autre époque, Charlotte de Gramont ne se serait pas posé ce genre de question, elle aurait pleuré sans retenue, sans cacher ses sentiments; mais elle n'était plus seulement Charlotte de Gramont: depuis dix ans maintenant, elle était la princesse de Monaco, et elle avait été la surintendante de la Maison d'Henriette d'Angleterre, feue Madame. Charlotte pensait avoir fait son deuil de son amie, mais l'annonce du prochain remariage de Monsieur avait fait resurgir le chagrin, aussi vif qu'avant. Elle n'était pas la seule à ne pas accueillir ce remariage avec joie: Monsieur lui-même ne semblait pas ravi, et ses "amis" devaient eux aussi en être chagriné. Depuis l'annonce de ce remariage donc, Charlotte était d'humeur morose, même si elle l'avait soigneusement caché. Cela elle l'avait appris et ne risquait pas de l'oublier: à la Cour, il ne fallait jamais laisser voir ses véritables sentiments. Il fallait donc que ses soucis soient bien grave pour que la princesse de Monaco soit sur le point de craquer et de laisser couler ses larmes.
Elle avançait au hasard des allées. Soudain elle murmura, sans se soucier d'une éventuelle présence à ses côtés, quelqu'un qui aurait pu entendre:

-Mon pauvre cher Honoré! Mon tout petit! Pourquoi a-t-il fallu que l'on t'inflige cela?"
Son dernier né, âgé de deux ans à peine, était en effet tombé malade, les médecins avaient diagnostiqué la petite vérole, et pendant trois jours, on avait même craint de le perdre. Le garçonnet avait fini par surmonter la maladie, mais sa mère, qui avait déjà perdu un enfant en bas âge, tremblait encore.
Elle était restée à son chevet dans l'hötel des Gramont à Paris pendant un mois, et n'y avait reçu aucun message de sympathie de Versailles, pire, à son retour à la Cour, personne ne semblait s'être aperçu de son abcence!

-Peut-être aurais-je dû rester auprès de mes enfants, en attendant sagement le retour du prince parti guerroyer? Peut-être n'ai-je plus l'âge pour la vie de Cour? Mais devrais-je cesser de vivre ma vie comme je l'entends simplement parce que Madame est morte? Ne suis-je donc rien ni personne ici? n'y ai-je donc aucun ami? aucun soutien?
L'humeur de la princesse était bien assortie avec le temps, et peut-être même était-ce lié? aurait-elle été si triste sous un grand soleil?
Quoiqu'il en soit, elle se sentait bien seule, et ses pensées étaient quelque peu lugubres... Elle n'avait jamais autant prié que durant la maladie de son fils, et commençait à se demander si la religion n'était pas la réponse à ses interrogations.
Elle s'arrêta soudain et releva la tête, il lui semblait avoir entendu rire... son imagination lui jouait-elle des tours? C'était bien possible. Charlotte regarda autour d'elle en frissonnant, et resserra sa cape sur ses épaules.

-Il y a quelqu'un?
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Lauzun
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Dim 24 Jan - 3:19

Lauzun avait appris le retour à la Cour de sa cousine, Mme de Monaco - qui pour lui restait avant tout une Gramont. Hélas, l'occasion ne s'était pas encore présentée de la saluer et de lui présenter ses amitiés. Comme il se tenait au courant de tout, en bon courtisan, il savait ce qui l'avait tenue éloignée. Mais autant le comte était habile dans l'art d'amuser son monde ou d'intriguer, autant il était fort maladroit dans des situations délicates où il fallait laisser transparaître ses émotions. Aussi les évitait-il, quitte à passer pour frivole ou sans compassion.

Ce matin-là, malgré le froid et le ciel qui annonçait un temps détestable, il avait accepté d'accompagner quelques amis pour une promenade dans les jardins du palais. Comme à son habitude, Lauzun racontait des sornettes accompagnées de gestes et de mimiques, aussi le petit groupe joyeux laissait-il échapper dans l'écrin végétal, éblouissant même sous la grisaille, des rires en cascades.


- Vous riez, mes amis, mais c'est pourtant la vérité, et sur l'instant elle me fut cruelle : je ne sus quoi répondre... Moi, que vous connaissez pourtant comme l'un des plus grands bavards qui soient !

- Vous laisser sans voix, monsieur de Lauzun, voilà en effet qui n'est point commun ! Nous savons désormais comment vous faire taire !

Tandis que les rires repartaient de plus belle, au détour d'une allée, il entendit une voix et scruta les environs. C'était justement sa cousine Charlotte de Gramont. Il pria ses amis de bien vouloir l'excuser un instant, et se porta vers elle. Elle était seule, et semblait aussi maussade que le ciel. Cela le mettait mal à l'aise, certes, mais il devait à l'amitié qui les liait de l'aller saluer.

- Ce n'est que moi, madame, votre cousin Lauzun, dit-il en s'approchant et en s'inclinant courtoisement. Quel bonheur que de vous voir de retour ! L'on ne me l'a annoncé qu'il y a peu. Vous devez songer que je suis un bien mauvais parent pour n'avoir point pris de vos nouvelles, ni de ce cher enfant... Mais vous savez aussi bien toute l'affection que je vous porte, que combien je suis gauche en pareilles circonstances...

Il eut un sourire quelque peu embarrassé, et préférait de loin les moments point si éloignés où il courtisait avec assiduité sadite cousine et où elle lui opposait une résistance acharnée. Mais la voyant si triste, il jugeait inconvenant de reprendre pour l'heure ces joutes amoureuses... La meilleure manière de dissiper et l'humeur chagrine de la dame, et son propre inconfort était encore d'endosser son rôle d'histrion de Cour.

- Je m'en vais chasser, si vous me le permettez, cette mélancolie que je lis dans vos yeux, charmante cousine ! , dit-il en réalisant sa désormais célèbre pirouette, mais en laissant s'entrechoquer sa canne et son épée, allusion à peine déguisée à l'épisode de la colère du Roy qui avait amusé toute la Cour, et faisait passer Lauzun pour fou. Il ne manque point de nouvelles cocasses comme vous et moi les aimons, mais je ne sais par où commencer, ni sur quel ton... Voyons... Préférez-vous le ton précieux mais vipérin, façon Sévigné ? Ou pien zelui certes télicieux mais eksotique, façon Ludres ? Version précieuse, ou libertine ? Ou encore musical et dansant, version Lully ? Tragique et antique, version Racine ? Ou bien comique et grinçant, version Molière ?

Et ce disant, il contrefaisait les personnes dont il parlait en se moquant aimablement, usant là de ses dentelles comme de l'éventail d'une coquette, prenant ici une pause espiègle ; esquissant là un pas de danse, ici une posture théâtrale. Tout en s'efforçant de voir si son manège faisait mouche, et s'il parviendrait à allumer au moins un sourire sur les lèvres exquises qui étaient plus faites pour les plaisirs que pour une moue contrariée...
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Charlotte de Gramont
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Dim 24 Jan - 4:07

En voyant paraître monsieur son cousin, Charlotte fut rassurée, c'était un visage connu et, elle pensait pouvoir le dire, un ami. Elle se força à l'accueillir avec un sourire, même si ce sourire était un peu triste.

Elle craignit un instant qu'il ne reprenne la cour qu'il lui faisait encore quelques temps auparavant, elle n'avait pas besoin ni envie de cela pour l'instant.
Mais il ne le fit point, et elle lui en fut reconnaissante.

Quand il commença à s'excuser de ne pas avoir pris de ses nouvelles, Charlotte leva la main pour l'interrompre; mais on arrêtait plus facilement une charge de cavalerie que le duc de Lauzun lorsqu'il était lancé sur un sujet!
Elle s'en voulait maintenant d'avoir pu douter de lui, ne serait-ce qu'un instant, et tous deux semblaient également gênés de la situation.


*Dieu merci, il n'a pas changé!*songea Charlotte alors que Lauzun se lançait dans une de ces petites scènes dont il avait le secret, et qui avait toujours fait rire la princesse aux éclats.

Aujourd'hui, ses petites imitations réussirent même l'exploit de faire naître un véritable sourire chez notre petite princesse.

Quand enfin le duc fit une pause dans son discours suffisante pour qu'elle prenne la parole, Charlotte lui répondit, d'une voix douce et neutre, d'où le chagrin et l'inquiétude avaient disparus pour la première fois depuis bien longtemps:


-Mon cher cousin, c'est une joie de vous revoir. Je ne vous remercierai jamais assez d'être ce que vous êtes et de rester toujours égal à vous-même!
C'est à moi de vous présenter mes excuses, je n'aurais jamais dû laisser mes soucis, aussi graves soient-ils, m'éloigner si longtemps de la Cour et de vous.
Je m'en remet à votre sagacité pour choisir quel ton conviendra le mieux à chaque anecdote que vous brulez d'envie de me narrer. N'étant absolument pas au fait des dernières nouvelles de la Cour, je ne saurais me prononcer à ce sujet.
Je vous écoute!


Et Charlotte se prépara à une nouvelle représentation du duc de Lauzun, elle se sentait déjà mieux, à la seule idée de le voir de nouveau faire le pitre devant elle.
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Lauzun
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Mer 27 Jan - 2:03

Lauzun fut ravi de constater que ses pitreries avaient ramené un sourire sur les lèvres de sa charmante cousine. Et les paroles qu'elle prononça furent fort douces à son oreille. Il se souvenait de leur jeunesse, quand monsieur de Gramont l'avait pris sous sa protection à son arrivée à Paris ; de son empressement à gagner dès qu'il le pouvait l'hôtel du maréchal pour y retrouver sa cousine et son frère Guiche, et des heures d'insouciance passées à rire...

- Ma chère amie, l'on ne se refait point, et l'on dit que les Puyguilhem ont hérité d'un certain goût de la fantaisie en même temps que leurs terres ! Puisque le sang le commande, et que le seul plaisir de voir ce sourire sur vos douces lèvres m'est la plus chère des récompenses, je m'en vais donc vous narrer ce qu'il vous faut savoir !

Il exécuta une nouvelle fois sa pirouette, virevoltant autour de la princesse au point de presque en perdre l'équilibre. Il retrouvait la légèreté d'antan, dans le jardin de l'hôtel de Gramont.

- Honneur à notre vipère favorite : commençons à la Sévigné ! " J'ai oui dire tantôt, ma chère, que Mme de Monaco se mettait en route pour la Cour, au grand dam de Mademoiselle, laquelle soupçonne son cousin Lauzun de lui réserver une toute autre cour... Je le tiens tout droit de " Philys ", laquelle est fort avisée... Melle de Grammont a épousé un prince, et son cousin Caumont-Lauzun ne désespère point d'épouser lui aussi une princesse : quelle famille ! "

Il était un peu osé de plaisanter sur un tel sujet, mais le comte savait que sa cousine avait assez d'humour pour en rire volontiers. Comme lui n'aimait-elle pas se moquer des travers de la Cour ? Il contrefaisait non sans plaisir et malice les manières de la précieuse que chacun craignait pour sa propension à colporter la moindre rumeur. Lauzun poursuivit dans une sorte de spectacle burlesque comme on les appréciait du temps du feu Roy.

- Pour ce qui est de la musique, monsieur Lully peut bien faire danser, c'est bientôt pour un Charpentier qu'il dansera lui-même, du moins est-ce ce que l'on dit ! Durant votre absence, très chère, le Roy a honoré comme il se doit Sa Majesté la Reine, mais en coup de vent : pffft, un courant d'air qui bientôt s'engouffre dans la chambre de Mme de Montespan, laquelle ne semble point se plaindre cependant de cette sorte de désagrément ! Par contre, c'est monsieur de Vivonne qui joue les courants d'air avec l'infortunée Mme de Ludres, laquelle sanoinesse se foit contamnée à ne souffrir ôcune atteinte à sa vêrtu : pffft, zuste le temps de pouter hors de là monsieur de Fendôme, et il s'en retourne à t'ôtres tifertissements ! Ah, les Mortemart : quelle famille !

Il assurait le spectacle avec certes une dose d'impertinence, mais en prenant soin de ne rapporter que des futilités. Le propos était d'amuser sa cousine, et non de l'ennuyer avec l'atmosphère en réalité lourde qui pesait sur Versailles - raison pour laquelle, d'ailleurs, on envisageait de transformer St-Germain en lieu de réjouissances cet hiver.
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Dim 31 Jan - 15:17

Aux premiers mots du duc de Lauzun, Charlotte se prépara à assister à l'un de ces spectacles dont il avait le secret. Elle s'amusait déjà en essayant d'imaginer ce qu'il allait dire et faire.
Elle rit à l'imitation de Mâdâme de Sévigné et de ses critiques:


- Décidément! Cette vipère à la langue bien pendue! Quelle famille que la notre en effet! Et pourquoi alors risquer de s'en faire un ennemi?... Mais pour ce qui est de l'autre cour... rassurez moi mon cousin, vous n'y pensez point? Contentez-vous de votre princesse, et n'oubliez pas mon "cher" prince... après tout, je suis mariée...

Elle avait pris un air sévère, que contredisait son ton légèrement moqueur.
Puis, elle écouta la suite de son discours, fronçant légèrement les sourcils à deux ou trois reprises, quand les propos de Lauzun restaient trop obscurs pour elle.


- Charpentier? n'est-ce pas ce petit compositeur qui s'était exilé en Italie? Pensait-il que cela ferait de lui un nouveau Lully? Dieu bon, non! Nous avons déjà assez d'un!... Pauvre Marie-Thérèse! Elle passe de faux espoirs en désillusions, elle doit regretter ses Espagnes... Quand à Monsieur de Vivonne, éh bien, c'est Monsieur de Vivonne! Il ne peut s'empêcher de papillonner!

A plusieurs reprises, un petit rire vite contenu lui échappa.

-Mon cousin, vous me réconciliez avec la Cour. Vous me guérrissez de l'élan mystique qui me poussait à me retirer à Monaco ces derniers temps! Seigneur, j'ai du mal à croire que j'aurais réellement pu faire une telle chose!
Mais j'ai ouï dire que la Cour partait pour Saint-Germain?


Charlotte était reconnaissante à son cousin de la réconforter ainsi. Mais comme toujours, ses tristes humeurs ne duraient pas. Et maintenant qu'elle avait retrouvé le sourire, elle voulait apprendre, non pas les rumeurs et médisances de la Cour, mais les faits et les réalités qui avaient secoué Versailles en son absence.
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Lun 1 Fév - 12:36

Lauzun fut aux anges des rires de sa cousine, il avait rempli sa mission d'amuseur et pris lui-même grand plaisir. A présent, cependant, elle semblait vouloir en savoir plus sur le fond des choses. Voilà qui était plus délicat que de railler aimablement.

- Vous retirer sur le rocher des Grimaldi ?! , s'écria-t-il avec grandiloquence. Vous avez raison de chasser incontinent cette sinistre pensée, ma chère amie ! C'eut été pire encore que de vous retirer en un couvent, et c'eut été un double crime que de nous priver du même coup du bonheur de votre si charmante présence ! Que cette idée vous traverse une fois encore l'esprit et je vous emmène sur le champ en mes terres de Puyguilhem, qui se révèleraient tout aussi ennuyeuses. La place d'une Gramont est à l'ombre du plus éclatant des soleils, auprès duquel celui de Méditerranée est bien pâle !

Il rit bien volontiers, avant que de l'entraîner un peu plus à l'écart pour lui parler de ce dont elle semblait vouloir être informée. Cela requérait la plus grande prudence : nulle oreille indiscrète ne s'offusquerait d'entrendre le comte faire quelques plaisanteries au sujet de l'un ou l'autre ; mais ce qu'il allait évoquer pouvait se révéler redoutable pour les plus grands eux-mêmes.

- Depuis votre départ, commença-t-il à voix plus basse qu'auparavant, la Cour s'est enfoncée d'un pas de plus dans la morosité et la suspicion. Vous n'ignorez point les rumeurs qui circulent depuis la funeste disparition de cette infortunée Madame ; elles n'était point inhumée que déjà les couloirs en bruissaient... Désormais, l'on parle de plus en plus ouvertement d'une affaire de poisons. Et la défunte princesse ne serait point la seule victime de telles machinations, loin s'en faut... Les étranges disparitions se multiplient, dans l'entourage immédiat de la Cour comme chez les gens de robe... Et l'on commence à murmurer des noms...

Il prit soin de regarder ue fois de plus autour d'eux, pour vérifier qu'il pouvait parler sans risque de se compromettre. Assurément, il ne tenait pas à figurer sur la liste des prochaines victimes ; quand bien même tout cela ne serait que pure fiction, autant ne pas prendre de risque...

- Mme de Soissons figure parmi celles dont le nom revient le plus souvent, pour des raisons que j'ignore, je vous le dois avouer... Ainsi que la duchesse de Bouillon, ou encore Mme de Vivonne... Peut-être même... enfin... La personne la plus chère au coeur du Roy... Nul n'ose plus contrarier aucune de celles-ci, de crainte qu'il ne lui arrive malheur ; ni adopter quelque attitude qui puisse éveiller leurs soupçons. Il se dit que Sa Majesté la Reine elle-même a souffert d'un mal bien étrange... Autant vous dire que le climat est des plus délétères à Versailles ces temps-ci. Prenez garde vous-même, si par malheur ces racontars recélaient quelque part de vérité...

Il prit une brève respiration de soulagement, et poursuivit.

- Toujours est-il que Sa Majesté a décidé que la Cour se porterait à St-Germain. Vous n'ignorez rien des incommodités qu'il nous faut souffrir ici, et combien c'est pire encore en hiver. Aussi beaucoup se sentent-ils soulagés à cette idée. D'autant que le Roy a fait savoir qu'il donnerait des fêtes à St-Germain, pour tirer la Cour de son état actuel. Ah ! Et n'oublions point la grande affaire qui s'y doit tenir : la nouvelle Madame doit y être présentée... Or vous n'ignorez point que depuis que le chevalier de Lorraine est rentré d'exil, Monsieur est plus entiché de lui que jamais... Plus encore que Mademoiselle de votre cher cousin, c'est vous dire ! Voilà qui promet, n'est-il pas ?
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Charlotte de Gramont
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Ven 5 Fév - 23:09

Charlotte sourit quand son cousin parla de ses terres de Puyguilhem, et s'écria d'une voix faussement effrayée:

-Grand Dieu! Non, Mon cousin! Vous me séquestreriez sur vos terres? Mais pour le coup, mon mari, qui n'est pourtant pas suspicieux, en prendrait ombrage!

Puis elle se fit plus attentive, alors que le duc abordait des sujets plus graves. Mais elle prit bien garde à conserver, quoi qu'il dise, son sourire et son air rieur, qu'elle venait tout juste de retrouver. Si quelque passant venait à les apercevoir, il en conclurait que ce trublion de Lauzun entretenait innocemment sa cousine, ou moins innocemment peut être... Mais dans tous les cas, personne ne penserait qu'ils puissent aborder des sujets graves et sans doute plus ou moins tabou à la Cour.

Elle fronça fugitivement les sourcils, pourtant, quand il parla des rumeurs qui circulaient au château. C'étaient les mêmes qu'à Paris, mais elle aurait cru qu'ici, les gens auraient plus de jugeotte et de discernement... A moins qu'il n'y ait du vrai dans tout ça?
En tout cas, elle était sure d'une chose:


-Mon cher, malgré mon chagrin à évoquer ce sujet, je dois à la vérité de dire, moi qui ai assisté la défunte Madame jusqu'à la fin, que sa mort n'a rien que de naturelle... Je faisais gouter tous ses plats, si elle avait été ... enfin, vous comprenez, il n'y a pas eu d'autres morts que la sienne dans sa Maison... Poison... quel mot horrible! Et toutes ces dames pourraient en faire usage? Et sur la Reine elle-même? Mon Dieu... Mais ne vous inquiétez pas pour moi mon cher cousin, je n'ai plus d'importance à la Cour, et si peu d'ennemis, ou en tout cas, d'ennemis qui m'en voudraient assez pour attenter à ma vie.

Elle s'était efforcée de garder un ton léger, pour bien montrer que tout cela ne la touchait pas vraiment, et elle avait plutôt bien réussi.
A la mention du prochain déménagement de la Cour, elle ne cacha pas son enthousiasme.


Saint-Germain! J'adore ce château! Des fêtes et un mariage princier pour couronner le tout... Voila qui devrait en effet redonner le sourire à la Cour... si ce n'est à Monsieur! Pauvre prince., elle sourit gentiment en parlant du frère du Roi, qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer par ses fonctions auprès de sa femme, Il est si charmant, quelle pitié qu'il aime si peu les femmes, il devait être bien heureux du retour du chevalier, et voila qu'on lui inflige une nouvelle femme! J'ai entendu dire que cette Palatine était de plus... unique et inimitable... je leur souhaite malgré tout tout le bonheur possible, et à elle surtout, plus de bonheur que ma pauvre Henriette!

C'est avec un grand naturel que Charlotte de Gramont retrouvait son habitude de commenter et moquer toutes les rumeurs et tous les faits divers de la Cour.
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Lauzun
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Sam 13 Fév - 17:35

Lauzun savait bien que de nombreuses rumeurs colportées tant à la ville qu'à la Cour n'étaient que pur mensonge, lui-même n'était pas épargné. Mais cette rumeur-ci prenait de l'ampleur, et il savait de source aussi sûre qu'une source pouvait toutefois l'être que les morts suspectes se multipliaient ces derniers temps. Son amitié pour Mme de Soissons lui interdisait d'ajouter foi à une quelconque implication de sa part, mais pour les autres...

- Vous devez être mieux informée que quiconque, chère cousine, de ce qu'il advint chez Madame, en effet. Il ne s'agit point que de poisons, hélas. On parle de poudres en tous genres, de philtres à faire aimer, et même de commerce avec le Malin par des cérémonies secrètes auxquelles les plus grands noms participeraient...

Le comte n'était pas un modèle d'honnêteté et de franchise, il intriguait et roucoulait devant qui pouvait servir ses intérêts, raillait sous le manteau et adressait pourtant aux mêmes personnes quelque compliment. Pourtant, jamais il n'aurait songé à utiliser de tels moyens. C'était à ses yeux inqualifiable de bassesse.

- Allons, ma chère, en profita-t-il pour rebondir sur plus de légèreté. Pourquoi dites-vous donc que vous n'avez plus d'importance à la Cour ? Vous êtes une Gramont, et princesse de surcroît. Et aux yeux de votre humble cousin, vous comptez parmi les dames les plus brillantes de ces lieux !

Il trouvait Mme de Monaco toujours fort à son goût, ce n'était un secret pour personne, pas même pour Mademoiselle. Et malgré les épreuves qu'elle venait de traverser, elle restait d'une beauté éblouissante qui ne pouvait que susciter des jalousies chez des dames moins bien servies par la nature. Cependant, il ne tenait pas à l'inquiéter. Il l'avait mise en garde, cela suffisait. Et ce n'était pas Mademoiselle qui allait user de poisons, il en était certain.

- Je vous dois avouer que j'ai moi-même de l'affection pour St-Germain, dont les murs renferment tant de souvenirs... Et retrouver enfin l'atmosphère délicieuse des fêtes et des plaisirs, c'est là un soulagement. Monsieur ? Croyez m'en, je suis certain que tout cela ne le fera point sourire. Ce prince est plus bougre que jamais, ce à quoi je ne trouve rien à redire, vous le savez : en voilà un au moins qui ne viendra point chasser sur mes terres ! La Palatine ? Il faut la voir pour y croire, ma cousine... Voilà de quoi conforter Monsieur dans ses goûts, je vous l'assure. Ah, le mariage, ma chère, n'est jamais qu'une concession à son rang et aux intérêts de sa famille ; le bonheur, il le faut aller chercher ailleurs...

N'étant pas comme certains aveuglé par les balivernes littéraires au sujet de l'amour, Lauzun avait du mariage une vision très terre à terre, cynique même. Et puis c'était une façon de reprendre son approche auprès de sa cousine sans en avoir l'air...
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Sam 20 Fév - 1:05

Le coeur de Charlotte se serra alors qu'elle écoutait son cousin détailler toutes ces horreurs... elle éprouva même l'envie de se signer, mais se retint, décidément, elle était par trop tournée vers la religion ces dernier temps! cela ne lui ressemblait absolument pas et il fallait qu'elle se ressaisisse!
Elle sourit au compliment qu'il lui adressa ensuite, pensant que décidément, Lauzun ne pouvait être sérieux bien longtemps, et ne pouvait non plus s'empêcher de flatter les dames. Mais elle secoua la tête comme pour lui signifier de ne pas poursuivre dans cette voie. Elle craignait que malgré tout il recommence à lui faire la cour... Elle fut donc soulagé quand il reprit le sujet qui était sur toutes les lèvres à Versailles: le mariage de Monsieur!


-J'ai hâte de rencontrer la future duchesse d'Orléans! Vous avez raison, d'après tout ce que j'ai entendu à son sujet, je ne pourrais sans doute me faire une opinion définitive que lorsque je l'aurais vue moi-même, cela devrait être possible à Saint-Germain. Des fêtes et des divertissements, voila tout ce dont nous avons tous besoins!

Charlotte retrouvait avec joie les conversations légères qu'ils avaient autrefois, à l'hôtel de son père. Elle se détendait et baissait sa garde. Aussi commenta-t-elle sans malice la dernière remarque du duc sur le mariage:

- A qui le dites-vous, mon cher cousin! J'ai certes épousé un prince, mais si l'on m'avait laissé le choix, je n'aurais surement pas accepté! Pour être honnête, je n'ai rien à reprocher au prince de Monaco... mais je n'ai rien à dire en sa faveur non plus. Après dix ans de mariage, Louis, enfin Ludovico, est encore un étranger pour moi. N'est-ce pas surprenant?

Elle avait parlé d'un ton léger, elle trouvait la situation ironique, et elle savait que son ménage n'était pas un cas unique. Elle se tourna face à Lauzun et lui asséna une légère tape sur le bras avec son éventail, en ajoutant d'un ton grondeur:

-Mais il vous sied bien de critiquer le mariage! Vous qui vous apprêtez à épouser une femme qui vous aime et que vous aimez! Et une princesse qui plus est!
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MessageSujet: Re: Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)   Mer 14 Avr - 6:33

(HJ : désolé, charmante cousine, pour ce temps si long mis à vous répondre... )

Lauzun prenait grand plaisir à cette conversation, retrouver sa cousine lui apportait, plus encore qu'il ne l'aurait cru, ce soupçon de fraîcheur qui manquait en ces temps décidément lourds et troublés. La promenade se poursuivait parmi les parterres soigneusement entretenus et cette nature domptée comme la France, grâce à des hommes de génie, en avait le talent si particulier. S'il en avait eu les moyens, le comte aurait volontiers commandé un projet de rénovation au goût du jour pour le parc de sa terre de Puyguilhem ; mais il ne les avait pas, et de toute façon n'avait plus mis le pied en province depuis fort longtemps.

- Monsieur votre mari ignore sans nul doute la chance qu'il a, ma chère ! , répondit Lauzun en riant. Mais sans doute est-ce là l'un des traits du mariage dans les familles bien nées : le sens du devoir fait souvent oublier que l'on aurait pu, comme certains de nos aïeux, beaucoup plus mal tomber à ce jeu de grand hasard que sont les alliances matrimoniales... Ceci étant dit, ne déplorons point ce qui fait le plus grand bonheur de ceux qui ne sont pas gagnés par la fièvre dévote et mettent un point d'honneur à perpétuer en ce domaine un savoir vivre à la française...

En évoquant ainsi l'effacement progressif du libertinage de leur jeunesse devant un retour aux rigueurs de la religion, il prenait le risque de froisser ou d'effrayer sa cousine. Il avait cependant du mal à croire qu'une Gramont puisse sombrer réellement dans le parti dévot. Quant à monsieur de Monaco, il ne pouvait en parler réellement, n'ayant guère eu l'occasion, ni le goût du reste, de le rencontrer. Lauzun ne s'intéressait qu'aux personnes susceptibles d'apporter quelque profit à l'avancement de ses affaires, et le prince en question n'en avait jamais fait partie.

Il rit bien volontiers lorsque sa cousine martela d'un petit coup d'éventail sa remarque sur ses propres projets de mariage. Elle le connaissait assez pour savoir que tout cela n'était qu'une question de prestige et de stratégie, et que sa liaison avec Mademoiselle, aussi durable qu'elle soit et au fil du temps teintée d'une amitié plus sincère qu'il ne voudrait jamais l'avouer, n'en était pas pour autant un signe d'assagissement.


- Allons, ma cousine, pas vous ! Ne me dites point que vous m'imaginez devenu assez insensé pour m'enfermer dans des liens de ce genre sans avoir la garantie de n'y point perdre ma liberté... Je puis même vous faire une confidence, eu égard à notre vieille amitié : je ne suis plus aussi persuadé que ce mariage soit une bonne idée... Mademoiselle y tient assurément, plus que jamais, et il me faut même réfréner parfois l'obstination qu'elle entend y mettre auprès de Sa Majesté. Mais pour ma part, je crains avoir fort à perdre à cet entêtement qui déplaît... Si je feins en société de m'être diverti à goûter quelque temps l'hospitalité de la Bastille, je ne suis guère enthousiaste à l'idée de prendre le risque d'y devoir retourner. Et imaginez que Mademoiselle se montre une épouse plus possessive encore qu'elle n'est une maîtresse jalouse : ce serait un désastre !

Il lui lança un regard complice et amusé, et fit un geste de la main pour lui demander quel chemin elle souhaitait emprunter à présent puisqu'ils étaient parvenus à un endroit où
plusieurs allées se rejoignaient.
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Un parc, un ciel couvert, un coeur en peine. (libre)
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