L'Affaire des Poisons

1670, entre Messes Noires et sombres complots, pénétrez la plus effroyable affaire de tous les temps !
 
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 L'abbé étend son commerce

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Abbé Guibourg
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MessageSujet: L'abbé étend son commerce   Lun 11 Jan - 21:42

L'abbé Guibourg s'en revenait de St-Denis, où l'avaient appelé ses fonctions de vicaire de St-Marcel. Il était passé chez Godin de Ste-Croix se procurer quelques ingrédients dont tous deux avaient passé commande et qui étaient arrivés de Marseille. Après avoir bavardé et pris quelques verres avec son ami, il rentra chez lui sans plus tarder. La maison du marchand de vin où il avait loué un logement pour Jeanne et leur descendance offrait sur la rue étroite une large façade décrépie que rien ne distinguait des autres masures du quartier. Il salua d'un geste le propriétaire, puis emprunta l'escalier de bois pour se rendre au second étage, où sa famille logeait. Lorsqu'il entra, Jeanne s'activait à préparer le repas du soir.

- Où est Magdeleine ?, dit-il à peine son manteau enlevé. Tu sais que je n'aime pas la savoir dehors au-delà d'une certaine heure !

- Elle ne va pas tarder, Etienne, répondit Jeanne sans se formaliser. C'est toi-même qui a voulu qu'elle prenne ces leçons de musique...

- Ah, c'est vrai ! Les leçons de musique ! Tu trouves à y redire ? Je ne veux pas que ma fille soit aussi ignorante que toi, figure-toi ! Et où sont les autres ? , ajouta-t-il en se servant un verre de vin.

- Oh, ils doivent jouer dans la rue avec les autres gamins du quartier, je suppose...

Guibourg s'assit à la table, près de la cheminée, et posa lourdement son verre. Il semblait calme et satisfait, la soirée serait peut-être sereine...

- Approche, j'ai à te parler ! Profitons de ce qu'aucun des enfants ne soit là... Je dois t'entretenir de certaines affaires qui te concernent aussi.

Jeanne trembla, car elle se doutait bien de ce dont il s'agissait. Au début, l'abbé avait maintenu sa famille en dehors de ses intrigues. Mais à présent que ses "affaires" prenaient de l'ampleur, il n'hésitait pas à distribuer des rôles à chacun ; sauf à Magdeleine, à laquelle il défendait que l'on dise quoi que ce soit et qui vivait dans l'ignorance des véritables activités de son père. Jeanne s'assit en face de son amant, inquiète à l'idée de ce qu'il allait encore lui demander.

- Voilà : d'abord, on m'a commandé une incantation pour une personne de qualité. La femme Voisin n'a pas trouvé d'enfant, et il m'en faut absolument un pour dans deux jours. Tu iras voir là où tu sais si tu peux trouver ce qu'il me faut ; un garçon serait préférable, mais à défaut une fille fera l'affaire. Et tu enverras Anthoine chercher le reste à St-Méry...

Il vida son verre, se resservit et poursuivit.

- Mais ce n'est point tout, ni le plus important. Depuis que je me suis mis en affaire avec d'autres, les demandes affluent et il nous faut changer d'organisation pour ne pas nous mettre en péril. J'ai grassement payé le marchand de vin pour acheter son silence. C'est un idiot qui n'a rien compris, mais il est gourmand, que Diable... Des gens viendront te trouver, et gratteront à la porte selon un code convenu ; n'ouvre que dans ce cas...

Et il lui expliqua toutes les mesures de sécurité auxquelles il avait songé pour couvrir son commerce. Il s'agissait de s'assurer que les interlocuteurs ne seraient pas des mouches, et en cas de doute ne rien avoir laissé paraître ni ne rien avoir dit de compromettant.

- Tu dois suivre tout cela à la lettre, notre vie à tous en dépend ! Si tout va comme je l'entends, bientôt nous extorquerons des fortunes à ces imbéciles qui se passionnent pour les superstitions en tous genres ! Et nous pourrons trouver à Magdeleine un bon parti. Cette Voisin a de nombreuses relations, elle me sera utile, Lesage me l'a assuré... Ste-Croix, quant à lui, prend trop de risques avec sa maîtresse, c'est en vain que je le mets en garde. La peste soit des femmes ! Si l'on n'y prend garde, elles nous perdent !

Il dit cela avec une lueur cruelle dans son regard planté dans celui de Jeanne, transie d'effroi quand il se montrait ainsi. Il lui prit la main, et la porta à ses lèvres en riant, y déposant un baiser qui ressemblait plus à une marque de propriété que d'affection. Toutefois Jeanne avait appris à se contenter de l'illusion de ces petits gestes, et craignait trop ses réactions quand il était ivre comme ce semblait être le cas.

- Bon ! Finis de préparer le repas, j'ai grand' faim ! Et rappelle les enfants, je ne veux pas avoir à attendre quand je remonterai. Si quelqu'un venait à se présenter, n'ouvre que s'il a le code que je t'ai dit !

Il se leva, prit son manteau et ressortit. Il redescendit les escaliers et se glissa vers la cave. Là, il déplaça une barrique et s'engouffra dans le secret de son laboratoire...
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Alban Delalande
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 13 Jan - 0:13

HJ : J'espère que ça ira...

*Les bas-fonds... Ce lieu portait bien son nom. Contrairement aux autres rues de Paris, on avait l'impression d'entrer en enfer. Alban avait encore du mal à croire ce qu'il voyait quand il mettait les pieds ici : misère, vermine... il flottait dans l'air un léger fumet qui n'avait rien d'appétissant. Il ne voulait même pas savoir d'où cela venait. Il trouvait aussi parfois des gens vivants ici, mais semblant en bonne santé. Ils se contentaient de ce qu'ils avaient. Cependant, le policier n'était ici que pour traquer le mal. Les trafics de poisons, de poudres étranges, les messes noires de plus en plus nombreuses... Le Roi s'inquiétait, la Reynie aussi. Du coup, toutes les forces de l'ordre était sur le qui vive. Alban n'avait pas avancé dans l'affaire de la mort d'une des courtisanes de la Cour... Il avait besoin de prendre du recul et de se persuader qu'il était bon à quelque chose. Alors il s'était dirigé vers une autre enquête.

On l'avait dirigé vers un trafic étrange. Un homme d'église qui serait mêlé à toutes sortes d'activités peu catholiques. Il n'y avait pas de preuve matérielle permettant de l'accuser. C'était donc à lui que revenait la tâche de confirmer ou d'infirmer ces rumeurs.

Des enfants jouaient dans la rue. Ils vivaient leur vie. Avaient-il conscience de ce qui pouvait se passer dans les maisons juste à côté ? Alban releva le col de sa cape pour réprimer un frisson. Il avait encore en mémoire certaines perquisitions qui le hantaient nuit après nuit. Il ne comptait pas en compter d'autres à son actif.
Il arriva devant une maison. Un peu de lumière à l'intérieur... quelqu'un était là, de toute évidence. L'adresse était bonne en tout cas. Il ne savait pas si le prêtre était là, mais on lui avait dit qu'il trouverait ici une personne qui pourrait le renseigner. Il avait tout son temps. L'homme qui les avait informé leur avait donné toutes sortes de détails. A lui maintenant de se débrouiller pour paraître un homme ayant besoin de renseignements.
Il s'approcha de la porte et tendit le bras. Il fallait un signal pour entrer... il fallait qu'il le fasse sans se tromper, sinon il faudrait qu'il trouve autre chose. Son poing rencontra le bois à plusieurs reprises. Plus ou moins rapprochées... plus ou moins fortes. Il ne restait plus qu'à croiser les doigts... il en allait de sa vie peut-être.*
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Abbé Guibourg
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 13 Jan - 1:17

( HJ : c'est parfait, génial, nous allons nous amuser, merci à toi de jouer le jeu ; ça va, tu n'as pas trop peur ? Wink )

Jeanne finissait de préparer le repas du soir et se préparait à aller à la fenêtre pour rappeler les enfants qui jouaient toujours dans la rue. Entre temps, Magdeleine était revenue de son cours de musique et à présent elle dressait la table en chantonnant. Quand soudain elles entendirent gratter à la porte ; Jeanne ne s'attendait pas à entendre si vite le signal dont l'abbé venait tout juste de lui révéler le secret. Ses mains se mirent à trembler et elle ne se sentait guère à l'aise. Comment évaluer si elle avait un doute ou pas ? Etienne en avait de bien bonnes ! Elle tenta de rassembler ses esprits et de se remémorer si le code avait été observé à la lettre ; il lui semblait que oui...

- Veux-tu que j'aille ouvrir, mère ? , dit Magdeleine en se préparant à se diriger vers la porte.

- Non, non, mon enfant ! , répondit Jeanne quelque peu affolée et ne souhaitant pas que sa fille aînée puisse être mêlée à cela. Il serait plus utile que tu ailles dans la chambre du fond préparer les couches des enfants. Ainsi nous pourrons les mettre au lit sitôt le repas terminé et ton père sera satisfait...

Elle ne pouvait hésiter plus longtemps, d'autant qu'à la faveur de la nuit tombée on voyait bien que le logis était occupé.

- Oui, un instant, j'arrive ! , dit-elle en se réajustant et en mettant en place le signal qui devait prévenir l'abbé qu'il y avait une visite.

Elle ouvrit la porte et se trouva face à un jeune homme plutôt bien fait de sa personne, mais sans rien qui puisse donner un indice sur sa condition ou son état. Là le doute s'installa, mais il était trop tard, la porte était ouverte et elle se trouvait en face de l'inconnu. Il pouvait fort bien s'agir d'un domestique chargé par son maître de servir d'intermédiaire avec l'abbé... Et s'il ne portait pas de livrée, c'était par souci de discrétion... Ou bien il s'agissait d'une mouche... Cette seule idée la plongeait dans une profonde angoisse. Elle préféra pencher pour la première hypothèse. Et elle verrait bien selon la tournure que prendrait la conversation.

- Le bonsoir, monsieur. Pardonnez-moi d'avoir tardé à ouvrir, je préparais le repas de mes enfants... et une femme seule est toujours quelque peu effrayée quand on gratte à sa porte la nuit venue. Quel est l'objet de votre présence ?

Elle s'essuyait nerveusement les mains à son tablier pour éviter que l'homme ne remarque combien elles tremblaient. Elle s'efforçait de le regarder dans les yeux, et de sonder son regard comme Etienne le lui avait demandé. Mais elle n'était pas rompue à ce genre d'exercice et craignait que son interlocuteur ne puisse remarquer sa frayeur ; c'est pourquoi, en dehors des simples règles de sécurité, elle avait insisté sur le fait qu'elle vivait seule avec ses enfants.

Par chance ou pas, l'abbé n'avait pas vu le signal et arriva sur le palier presque au même moment où Jeanne achevait sa phrase. Lui se montrait imperturbable, et tout compte fait elle aimait autant qu'il soit présent pour sa première fois. Il lui avait dit un jour qu'il sentait la présence d'un policier ou d'une mouche à une lieue à la ronde...


- Le bonsoir, ma fille ! Le bonsoir, monsieur ! , dit l'abbé en dévisageant Lalande sans en avoir l'air. Abbé Guibourg, vicaire de St-Marcel de St-Denis et aumônier de monsieur de Montgomery. J'espère que vous n'êtes pas venu importuner cette malheureuse, mon fils, ou l'entraîner dans le péché... Sachez que Notre Seigneur a daigné la placer sous ma protection. Vous ne nous faites pas entrer, ma fille ? A moins que ne préfériez que je repasse demain...

Jeanne les fit entrer et referma la porte, soulagée de la constance de Guibourg qui maîtrisait bien mieux qu'elle le jeu des apparences.


Dernière édition par Abbé Guibourg le Mer 13 Jan - 18:26, édité 1 fois
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Alban Delalande
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 13 Jan - 1:40

HJ : Moi, peur ? Jamais de la vie XD

*Alban s'efforçait de paraître calme. En venant ici, il était sûr d'être très minutieusement observé et passé au crible. Le contraire l'eut étonné. Il comprenait cependant à quel point il était important pour lui de jouer le jeu jusqu'au bout. Le policier avait un avantage par rapport à ses collègues. Lui venait de la province, et passait facilement inaperçu dans la foule. Il avait su garder les gestes d'une simple personne du peuple. Jamais on ne l'avait soupçonné dans l'un ou l'autre des endroits dans lesquels il avait mené ses enquêtes. Dans ces quartiers, la simple mention aux forces de l'ordre fermaient bien des portes.

Il eut un moment de doute quand sa main reprit sa place sous sa cape. Et si jamais il s'était trompé ? S'il était accueilli à coups de pistolet ? Ou bien s'il se fourvoyait complètement ? Cette montée d'adrénaline ne fit que renforcer son idée de l'importance de sa mission. La lumière n'avait pas disparu, on ne paniquait donc pas à l'intérieur, malgré les bruits étouffés qui lui parvenaient. Vue l'heure, on préparait le repas. Une scène tout à fait banale. Mais il restait sur ses gardes. Le moindre de ses gestes pouvait être analysé.
Enfin la porte s'ouvrit sur une jeune femme, devant laquelle Alban inclina la tête. Il avait été prévenu que la maison était habitée par une femme et ses enfants... façade sans doute. Les fournisseurs en poison étaient souvent des femmes. Pour les messes noires, il lui semblait que cela était le rôle des hommes. Il ne jugeait pas les femmes assez cruelles pour sacrifier la vie de nouveaux nés.*


- Je suis désolé Madame, je ne voulais pas vous effrayer. Un ami m'a donné cette adresse et je pensais trouver ici un peu d'aide... Peut-être me suis-je trompé ? Je ne suis pas habitué à ces rues... et je perds facilement mon chemin.


*Puis il sursauta en entendant une voix près de lui. On lui avait pourtant toujours dit de surveiller ses arrières. Il ne cilla pas et tourna la tête aussi calmement que possible. Le nouveau venu avait tout d'un homme d'Eglise - tenue et vocabulaire. D'ailleurs, il se présentait comme tel. Il inclina de nouveau la tête pour saluer le nouvel arrivant qui semblait connaître la propriétaire de cette maison.*

- Monsieur l'abbé... Soyez sans crainte, je cherchais juste un endroit où on m'a dit que je trouverai une oreille pour m'écouter. Loin de moi l'idée d'importuner Madame, que je n'ai jamais vue auparavant.

*Il accepta d'entrer, ne frissonnant pas en entendant la porte se refermer derrière lui. Il espérait ne pas reprendre ce chemin les pieds devant. Il se trouvait maintenant comme un renard dans le poulailler... restait à ne pas alerter l'éleveur.*


- En fait... c'est votre nom qu'on m'a donné, Monsieur l'abbé. J'espère ne pas abuser en me présentant ici plutôt que de m'être rendu dans votre paroisse... mais j'avais peur que mes paroles soient déplacées dans un lieu consacré.
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Abbé Guibourg
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 13 Jan - 19:19

(HJ : ah ah ! C'est ce que nous verrons... Twisted Evil )

* " ... un peu d'aide... je perds facilement mon chemin... une oreille pour m'écouter... Madame, que je n'ai jamais vue auparavant... " Si ce n'est une mouche, c'est un laquais fort sot, songea l'abbé en entrant à la suite du jeune inconnu. Il s'en faut de peu que je ne sois entièrement convaincu qu'il me croit né de la dernière pluie ! Nous allons bien voir ce que tu as dans le ventre, mon garçon ! Et si tu es réellement envoyé par l'un de mes clients, je lui ferai savoir qu'il faut prendre grand soin dans le choix de ses intermédiaires. Il n'est pas encore dit que l'on ne repêchera pas sous peu ton corps dans la Seine... affreusement mutilé en guise d'avertissement ! *

A cette idée, Guibourg ne put réprimer un rictus qui laissa tout aussitôt place au sourire mielleux du prêtre inoffensif. Il scrutait le moindre détail, analysait le moindre indice, repassait dans sa tête la moindre parole avec le ton qui l'avait accompagnée... Il flairait aussi, car l'absence d'odeur trahissait à coup sûr une mouche cherchant à se dissimuler.

- Mon nom ?! , répondit toujours aussi calmement l'abbé. Qui donc a pu avoir l'idée fantaisiste de vous suggérer de vous porter auprès de l'une des âmes auxquelles Notre Seigneur me commande d'apporter le réconfort de Sa charité ? Et à la nuit tombée, encore ?! Dites-moi son nom, je vous prie, et je ne manquerai pas de le réprimander ! La charité, monsieur, se doit d'aller de pair avec la discrétion ; il n'est nul besoin d'ajouter à l'humiliation que peuvent éprouver ceux qui n'ont pas eu l'heur d'être privilégiés par leur naissance... Du reste, en parlant de nom, vous ne nous avez toujours pas dit le vôtre...

Il parlait avec ce ton particulier qu'ont les gens d'Eglise quand ils font la leçon à leurs fidèles, avec fermeté mais sans énervement. Jeanne tira des chaises devant la cheminée et invita les deux hommes à s'y asseoir, puis leur servit à boire un verre de vin. Elle admirait Etienne, cet amant terrible qui lui causait bien des frayeurs et tourments, mais la captivait par sa capacité à s'adapter à toute situation.

- Et vous faites bien des mystères, mon jeune ami. Pourquoi diantre ce que vous avez à me dire ne pouvait-il se dire à St-Marcel ?! Parlez sans crainte, je suis impatient de savoir de quoi il retourne...

Le problème dans la coopération avec d'autres bonimenteurs, c'était que l'on n'était jamais certain qu'ils fassent preuve d'assez de prudence, ou que des inconnus aient bien été envoyés par eux. Il faudrait à l'avenir songer à des moyens de rendre le réseau plus sûr, et en changer assez régulièrement pour que les gens de La Reynie n'aient pas le temps de s'adapter... L'abbé but un peu de vin en attendant la réponse. Il lisait un soupçon de crainte dans le regard de son interlocuteur, mais ne savait encore si c'était celle de se trouver en présence d'un homme de l'ombre...

* Ce serait malgré tout idiot de perdre une affaire par excès de prudence, pensait l'abbé. Ah si seulement toutes ces fables avec lesquelles on effraie le commun des mortels pouvaient être vraies ! Il me suffirait de dire incontinent quelque incantation et je serais fixé ! Par les cornes du diable ! Ce garçon sait-il seulement qu'il joue sa vie à cet instant précis ? Qu'elle est suspendue à un mot, un seul, un malheureux mot ? *

Un rire sarcastique faillit lui échapper et, se coinçant dans sa gorge alors que le vin y glissait, lui donna une quinte de toux.
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Alban Delalande
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 13 Jan - 23:26

*D'où venait le froid qu'Alban ressentait au fond de lui et qui le fit légèrement frissonner ? L'abbé n'était pas très rassurant. Malgré le ton doucereux de sa voix, le policier vint à penser qu'il n'aimerait pas le croiser dans une ruelle sombre en pleine nuit. Il se sentait percé de part en part par un simple regard, ce qui était compréhensible. S'il était coupable de quoi que ce soit, il prenait ses précautions.
Il essayait de faire comme si de rien n'était. Il fallait qu'il fasse un effort pour jouer l'homme simplet qui rend juste service à un ami pour une course. Mais le moindre faux pas et il pourrait le regretter. Il n'était même pas armé... que ferait un simple homme du peuple avec un pistolet ?
Il s'assit et laissa le verre offert sur la table après avoir remercié Jeanne d'un signe de tête, répondant tout d'abord aux questions de l'homme d'Eglise.*


- Je m'appelle Alexandre Delorme. L'ami qui m'a demandé de venir est malade... il avait une course à faire pour la personne qui l'emploie, une course urgente selon ses dires, mais il est cloué au lit. Je lui devais un service, alors après m'avoir fait promettre de n'en parler à personne, il m'a décrit ce qu'il avait à faire.

*Alban ne mentait qu'à moitié. L'homme qui était venu les prévenir devait réellement se procurer certaines substances, mais il avait eu peur quand, quelques semaines auparavant, pour un service similaire, la personne en charge de cette mission était morte de manière plus que suspecte - noyade dans la Seine.*


Si j'en ressors vivant, je demande une augmentation à Monsieur de la Reynie...

*Il donna le nom de l'homme venu le renseigner, de même que le nom de l'employeur - une femme qui commençait à avoir ses entrées à la Cour - en s'efforçant de rester "normal".*

- Si jamais vous pensez que j'ai des propos déplacés, je ne veux pas que vous me jugiez... Je partirais tout de suite sans chercher à revenir. Je crains trop la colère de Dieu pour oser faire un faux pas.
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Abbé Guibourg
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Jeu 14 Jan - 9:35

L'abbé prenait un plaisir malsain à ce jeu, et à faire durer ce plaisir. La tension était palpable chez le jeune homme, même s'il fallait reconnaître qu'il s'en tirait plutôt bien. Il analysa ce qu'il venait de dire, et prit le temps de boire encore une gorgée. Delorme ? Un nom somme toute commun qui ne lui fournissait aucune information. Il le laissa finir.

- Bien, Alexandre. Il est toujours profitable de se montrer serviable envers son prochain, et de tenir ses engagements quand on a quelque dette envers un sien ami... Ainsi, vous prenez la place d'un autre cependant. Ne craignez-vous point que votre ami, si cher vous soit-il, ne vous ait joué quelque mauvais tour ? Rien n'est déplacé en ma présence, sachez-le, tant que vous vous tenez à la place qui vous été assignée...

Il était temps de pousser plus avant et d'entrer dans le vif du sujet. Guibourg reposa lentement son verre sur la table, sourit en prenant une position plus confortable sur sa chaise. Puis soudain il se pencha en avant en approchant son visage de celui du jeune homme.

- Jeanne, laisse-nous ! Vas chercher les enfants... Trêve de bondieuseries, mon garçon ! , s'écria-t-il d'un tout autre ton en saisissant ledit Alexandre par le rabat de son col, tandis que Jeanne sortait. Moi seul puis décider s'il te faut juger, si tu dois rester ou partir, revenir ou pas ! Ce n'est pas la colère de Dieu que tu dois craindre, mais une autre bien plus terrible encore : la question que l'on inflige sous les voûtes du Châtelet n'est rien en comparaison du courroux de mon Maître ! Me suis-je bien fait comprendre ? C'est ta vie qui est entre mes mains, qui que tu sois et qui que tu serves ! Il n'y a nul endroit en ce royaume ni sur cette terre où tu seras en paix si tu oses me mentir ou dissimuler quoi que ce soit !

Il le lâcha et le repoussa sans ménagement vers le dossier de sa chaise. Ses yeux étaient animés d'une flamme terrible et ne quittaient pas un instant le visage du garçon. Il fallait inspirer l'effroi pour être certain que chaque complice mettrait assez de soin à assurer, à travers la sienne propre, la sécurité de l'ensemble du dispositif. Magdeleine apparut précipitamment en entendant les éclats de voix de son père. L'abbé devait réagir vite, il voulait à tout prix la préserver. Il lui laissa tout juste le temps de saluer l'inconnu. La jeune fille n'était pas habituée à ce genre de visite, et la présence d'un jeune homme de tournure agréable lui faisait déjà monter le rouge aux joues.

- Magdeleine, sois gentille, vas en bas chercher du vin et aide ta mère à ramener les enfants... Et passez les débarbouiller à la fontaine. Ils ont dû se crotter et je vous ai déjà dit qu'il n'était pas bon de laisser entrer la vermine dans ce logis.

Elle sortit un peu à contrecoeur, mais n'osa désobéir. Elle était si troublée qu'elle ne put dire un mot, et cependant trouva le courage d'adresser un sourire au visiteur inconnu. Guibourg savait que Jeanne comprendrait le message que leur fille allait lui transmettre en toute innocence, et tarderait à revenir, lui laissant le temps de régler son affaire. Quand elle eut refermé la porte et que le bruit de ses pas se fut estompé dans l'escalier de bois, l'abbé en revint à son visiteur.

- Si je comprends bien, c'est donc pour toi la première fois que tu es chargé de ce genre de mission, reprit Guibourg d'un ton plus serein. Et tu viens de prendre ta première leçon : rien ne t'arrivera si tu te conformes en tous points à ce qui t'a été enjoint. Dans le cas contraire, tu peux t'attendre au pire... Il s'agit donc d'une dame de qualité qui souhaite faire passer son époux de vie à trépas ? Ils n'ont que cela en tête ces temps-ci à Paris, hein mon garçon ? Tu ne bois pas ? Parbleu, tu as de la barbe au menton et tu ne bois pas ? Serais-tu un bougre ?! Buvons à la santé de nos nobles entichés de poisons ! Tu me plais, Alexandre Delorme, tu es courageux... Buvons !

Il rapprocha le verre du jeune homme et leva le sien, attendant qu'il fasse de même et qu'il accepte de boire en sa compagnie.
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Jeu 14 Jan - 21:07

*Alban avait préféré donner un faux nom, question de sécurité. Après tout, il avait déjà été impliqué dans plusieurs enquêtes, et les rumeurs allaient très vite. Si son nom était associé à la police, alors il ne donnait pas cher de sa peau. Prudence est mère de sûreté. Et l'Abbé semblait mordre à l'hameçon...

Tout semblait se dérouler dans le calme jusqu'à ce qu'il le saisisse. Sa surprise et son sursaut de peur ne fut pas du tout feint. L'homme d'Eglise semblait s'être transformé en serviteur du diable. Dans le mille... maigre consolation face aux promesses qu'il recevait en plein visage. Il n'osait même pas le contredire et le laissait débiter son flot de menaces. Voilà donc qu'elle était sa manière de faire : l'intimidation. Avec cette peur au-dessus de la tête, pas étonnant que la discrétion soit le maître mot de ces trafics.
Il fut à moitié soulagé de se sentir respirer et retomber dans le fond de la chaise. Au moins, il n'était pas mort... mais vivant pour combien de temps ? L'Abbé sembla se calmer subitement, et cela était sûrement dû à l'entrée d'une jeune fille dans la pièce. Il inclina légèrement la tête pour la saluer - cela eut pour effet de sentir son sang battre à ses oreilles - n'osant parler de peur de décoler du sol cette fois. Mais la tension semblait être retombée. Une fois ma jeune fille repartie, son interlocuteur semblait s'être radouci. Mais il sentait bien que la braise était encore incandescente.

Il jeta un coup d'oeil à son verre quand il lui proposa de boire. Qu'avait-il à craindre ? L'Abbé en avait bu aussi, non ? Et la femme n'y aurait sûrement pas versé un peu de poison... Il fallait laisser la chance faire. Il prit le verre et but une longue gorgée, pour se remettre de ses émotions. Puis il trinqua avec cet homme si lunatique.*


- Les affaires de cette dame ne me regardent pas... Je rends juste service. Mais soyez sûr que je ne cherche aucun ennui... s'il y a des règles à suivre, je les suivrai, et je me tairai. Ca oui... j'ai trop peur de la question. On dit que les forces de l'ordre ne sont pas tendres. Et j'ai toute la vie devant moi.

Pourvu que cea lui aille... Parce qu'il m'a l'air costaud. Si jamais il cherche à m'étrangler, ça sera dur de se dégager...
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Abbé Guibourg
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Ven 15 Jan - 3:01

L'abbé savoura le moment où son visiteur porta le verre à ses lèvres. * Assurément, ce garçon est courageux, que Diable ! , pensa-t-il en remplissant à nouveau les verres. * Calé au fond de sa chaise, les jambes étendues en direction de la cheminée, Guibourg prenait soin de laisser des plages de silence maintenir juste ce qu'il fallait de tension dans l'atmosphère de la conversation.

- Il est bon de demeurer à sa place, et de ne point trop en savoir, je ne puis qu'être d'accord avec toi. Pour les ennuis, il ne tient qu'à toi : si tu suis mes recommandations à la lettre, tu ne risqueras rien. Mais tu n'ignores pas que les gens de La Reynie sont partout, et pire que tout ses satanées mouches...

Chaque fois qu'il prononçait le nom du Lieutenant Général de Police, il épiait le moindre détail qui puisse l'informer sur ce qui se passait alors dans la tête dudit Alexandre. Il prenait bien entendu un malin plaisir à l'évoquer. Plus que les terribles cachots du Châtelet, tout un chacun redoutait la question. Un simple valet servant d'intermédiaire, dans un contexte tel que celui d'aujourd'hui, ne manquerait pas d'endurer les pires tourments. C'était là encore un gage d'obéissance.

- Soyons pratiques à présent. Ouvre grand tes oreilles et retiens bien ce que je vais te dire : la fiole que je te remettrai tout à l'heure est faite dans un verre particulièrement résistant, mais tu dois néanmoins faire très attention à ne pas la briser. Le moindre contact avec ta peau de la poudre qu'elle renferme, et tu mourrais dans d'atroces souffrances. La dame ne doit surtout pas l'administrer en une seule fois, car alors même le plus sot des médecins y verrait l'effet de cette poudre à trépasser. Le premier jour, il faut en mettre le poids d'un gros dans la boisson de son mari midi et soir ; même chose les trois jours suivants. Ensuite, elle doit s'abstenir de lui en donner durant deux jours. Le 7e jour, elle fera confectionner par sa cuisinière des petits feuilletés ou des petits pâtés chauds dans chacun desquels elle prendra soin de mettre de poudre le poids d'1/2 gros ; mais rien dans sa boisson. Rien non plus la semaine suivante. Et la semaine d'après, elle recommencera ainsi que je l'ai dit. Alors son mari trépassera d'une fièvre soudaine sans que l'on puisse rien soupçonner...

L'abbé parlait lentement, avec une précision méticuleuse autant que macabre, évoquant tout cela sans aucune émotion particulière. Il but une nouvelle gorgée de vin, et poursuivit.

- N'oublie rien de tout cela, il importe d'observer scrupuleusement ce que je viens de te révéler. Tu as sans doute la somme convenue : remets-la moi ! Et ensuite tu souperas avec nous. D'abord parce que les gens du guet sont plus vigilants au début de la nuit et que tu risquerais de te faire prendre. Ensuite, pour ne pas que les enfants puissent se douter de quoi que ce soit. Tu passeras pour mon invité, tâche de t'en rappeler durant le repas ; nous parlerons de tout et de rien, comme si nous venions de faire connaissance. Je te remettrai la fiole en te reconduisant à l'issue du repas...
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Alban Delalande
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Ven 15 Jan - 17:38

*Alban avait décidé de faire profil bas devant cet homme. Assurément, ce n'était pas qu'un petit maillon dans ce trafic de poisons... il commençait à croire que son le savoir son informateur l'avait mené au fond du problème. Il commençait à regretter de ne pas avoir pris plus de précautions avant de venir. Il avait prévenu ses collègues de sa manoeuvre, mais combien de temps se passerait-il avant qu'on ne se rende compte que son absence était des plus étrange ? Restait à espérer qu'ils n'étaient pas sots... Surtout que les détails commençaient à devenir assez inquiétant.

Il avait bien observé les personnes qu'il avait arrêté et qu'il avait dû menacer de torture - même s'il n'appréciait pas vraiment cette technique - et s'était entraîné à prendre le même air que ces gens apeuré par la simple mention de la question. De même quand il mentionnait son chef. Il espérait maintenant être convaincant. Il but une autre gorgée de vin, sans trop en abuser.*


- Je serai prudent...


*Puis il écouta ses recommandations concernant le poison. C'était assez inquiétant de savoir que ce genre de produit était en circulation dans les rues de Paris et les couloirs de Versailles. Il se força à se rappeler tous les détails qu'il lui donnait, au cas où il reviendrait à l'interroger. De même, il serait utile de savoir comment les empoisonneurs agissait pour faire de nouvelles victimes. Cela semblait bien compliqué... il fallait être patient pour commettre un crime. Comment pouvait-on regarder quelqu'un mourir pendant des semaines sans le moindre remord ?

Il inclina la tête pour signifier qu'il avait compris ce qu'on lui demandait. Puis vint la question de l'argent. Il avait récupéré la bourse que son informateur portait pour cette course, et après avoir vérifié qu'elle était bien fermée, le policier la tendit à l'abbé. Pourvu que cela convienne...*


- A votre guise, monsieur l'abbé... Vous n'aurez pas à répondre de mon comportement... je ne voudrais pas vous attirer des ennuis.

Il les attire bien tout seul... Bon sang, moi qui pensais vite en finir. Patience Alban, patience... Il en va de ta vie.
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Sam 16 Jan - 3:57

L'abbé prit la bourse que le jeune homme lui tendait et la glissa dans la poche de son habit. * Des ennuis ? S'il savait, le pauvre garçon ! , pensa Guibourg en souriant. C'est peut-être ton dernier repas, Alexandre... * Puis il se leva et fit quelques pas en direction de la fenêtre. La première ronde de nuit n'allait pas tarder à passer, il fit à Jeanne le signe convenu pour l'inviter à remonter. Bientôt, la porte s'ouvrit et les enfants déboulèrent dans la pièce en s'élançant vers leur père. Jeanne, quant à elle, retourna sans un mot aux derniers préparatifs du repas. Et Magdeleine, embarrassée, sourit au visiteur avant d'aller aider sa mère.

- Jeanne, j'ai convié Alexandre à se joindre à nous pour le repas, ajoute une assiette ! Surpris peut-être, l'ami, de voir un abbé entouré de ses enfants ? En dehors de quelques dévots, je ne connais guère de prêtres qui n'aient de descendance. Et toi ? As-tu une femme ? Des enfants ?

Il revint vers la cheminée et invita Alexandre à prendre place à table. Déjà les enfants étaient assis, et Jeanne et Magdeleine apportaient le pain et le repas. Une simple soupe aux légumes et au lard. L'abbé dit le Benedicite et rompit le pain, habitude qui laissait paraître la famille bonne chrétienne, et l'on commença à manger.

- Le repas est frugal , dit Jeanne, mais il est offert de bon coeur, monsieur.

- Frugal ?! , s'écria l'abbé. Avec du lard ? Parbleu ! Si tous avaient du lard dans leur soupe du soir, ils seraient bienheureux ! N'est-il pas, Alexandre ? Mais parle-moi un peu de toi. D'où viens-tu ? De quelle paroisse ?

Chacun avait le nez dans son assiette et mangeait en silence, car Guibourg imposait à table des règles strictes. Jeanne se demandait pour quelle raison l'abbé gardait ce garçon sous leur toit ; mais elle finit par se dire qu'elle le saurait bien assez tôt. Leur soupe à peine finie, les enfants saluèrent l'invité et et leur père, puis Magdeleine les emmena se coucher dans la chambre du fond. Guibourg en profita pour rajouter un peu d'un liquide ambré dans le verre d'Alexandre, et fit un signe discret à sa maîtresse, qui alla dans le garde-manger. Elle apporta un morceau de fromage, et un nouveau pichet de vin ; mais surtout un couteau que l'abbé plaçait toujours à part et auquel il défendait qu'on touche. Elle le lui donna, et il découpa un morceau de fromage qu'il mit dans l'assiette de son invité.

- Mange, mon garçon ! A ton âge on a l'appétit féroce !

Dans quelques instants à présent, ledit Alexandre commencerait à sentir les effets de la drogue qui lui avait été administrée à son insu. Sa vue se troublerait, ses propos deviendraient moins cohérents, et en fort peu de temps il se trouverait sans plus aucune volonté, puis s'évanouirait... L'abbé avait acquis la certitude qu'il s'agissait d'une mouche des plus dangereuses par son sang-froid et son habileté. Aussi lui avait-il fait prendre un extrait de sa composition qui avait la faculté de plonger dans un état second, mais surtout d'effacer la mémoire tout en rendant la victime perméable à la suggestion. Il en avait mis dans son vin, et l'une des faces de la lame du couteau était imprégnée d'une substance renforçant les effets de toute drogue ingérée. Il se mit à rire, si fort que Jeanne lui fit signe qu'il allait réveiller les enfants.
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Dim 17 Jan - 13:51

*Alban se sentait un peu soulagé de se séparer de cet argent. Il ne souhaitait maintenant que fuir cet endroit qui lui donnait la chair de poule en y repensant. L'Abbé n'avait rien de rassurant, maintenant qu'il connaissait ses petites "activités" pas très catholiques. Il fut surpris de voir ces enfants courir vers lui. Il avait une idée des hommes d'Eglise assez fixe, et en savoir un avec une maîtresse et des enfants, cela lui semblait inconcevable. Pourtant les faits étaient là. Il n'avait rien à en redire de toute manière.
Il sourit légèrement et secoua la tête.*


- Je vous avoue que maintenant... plus rien ne m'étonne. La vie de famille... c'est un idéal comme un autre. Je garderai le secret. En ce qui me concerne... Hélas, ni femme, ni enfant. J'ai déjà du mal à joindre les deux bouts tout seul. Quelques travaux par-ci par-là, quand on a besoin de bras en plus...


*Puis il se leva pour les rejoindre à table. Une scène presque trop "normale". Est-ce que ces enfants savaient que leur père était un trafiquant de la pire espèce ? Il essayait de faire comme si de rien n'était, même s'il ressentait une certaine gêne qu'il avait du mal à décrire. Courage, se disait-il. Un peu de patience, maintenant le plus gros est fait.
S'il avait pu penser juste... Il remercie Jeanne d'un signe de tête.*


- Cela me semble délicieux... ne vous excusez pas Madame... Il y a bien des soirs ou je me prive de manger...

*Il regarda l'Abbé pour répondre à ses questions. Il fallait que ses explications tiennent la route, maintenant il ne voulait pas être démasqué.*


- Je viens d'un petit village non loin de Paris. J'ai cru que la ville pouvait m'apporter ce qui me manquait, mais je me suis trompé. Je vous l'ai dit, j'ai quelques amis mais ma situation n'est pas très stable. Quant à ma paroisse... Je ne veux pas vous choquer. Ma pauvre mère m'a toujours appris à craindre Dieu, mais... je préfère travailler et trouver de quoi m'en sortir plutôt que de passer mon temps à prier... C'est la triste vérité... Mais je n'en suis pas un mauvais chrétien pour autant.

*Mieux valait éviter que cet homme fasse le tour de Paris pour vérifier une réponse erronée. Il fallait rester sur ses gardes. Il préféra ne rien dire d'autre, de peur de donner un mauvais exemple à ces enfants bien élevés malgré leur condition. Quand ils ne furent plus que trois à table, il se sentait un peu plus soulagé. Il se força d'accepter l'invitation à manger de l'Abbé, sans se méfier. Pour lui le pire était derrière lui... mais le pire peut être parfois prompt à rattraper ses victimes. Il but une gorgée de vin et inclina la tête.*

- Je vous remercie, Monsieur l'Abbé... Vous n'étiez pas obligé de me donner tant pour une simple course...


*Il sentit ses yeux le piquer un peu. De la fatigue sans doute. Pourtant il était en pleine forme peu de temps auparavant. Sans doute un état passager. Mais ce n'était pas des plus agréable.
Il ne comprit pas pourquoi l'Abbé se mit à rire. Mais c'était de plus en plus désagréable. Il avait l'impression que sa tête allait exploser. Qu'y avait-il de si drôle ?*


- Je... qu'est-ce que...
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mar 19 Jan - 12:07


Pas de famille, une réponse vague sur ses origines et le refus de dire à quelle paroisse il appartenait... A moins qu'il ne soit huguenot et veuille être discret sur son hérésie... Voilà qui ne faisait que confirmer définitivement les doutes de l'abbé.

- Tu as cru me berner, maudite mouche ! A moins que tu ne sois un des hommes de La Reynie ? Notre cher Lieutenant rêve de quelque action d'éclat, mais ce ne sera pas à mes dépens... On ne prend pas Guibourg aussi facilement dans ses filets ! Tu as de la chance, je suis quelque peu joueur ; et j'apprécie le courage chez un adversaire. Aussi ne mourras-tu pas, en tout cas pas ce soir...

L'abbé cessa de rire et, observant le jeune homme, il put constater que l'effet de la drogue en était au stade où il fallait commencer à agir. Avant que l'inconnu ne perde totalement conscience, il devait user de suggestion sur sa volonté affaiblie afin d'assurer sa sécurité et celle des siens. Il se leva, se dirigea vers lui en faisant le tour de la table et le saisit par le menton pour le forcer à le regarder dans les yeux.

- Demain, lorsque le soleil se lèvera, tu ne te souviendras de rien de ce qui s'est dit ou fait ici. Tu as rempli ta mission, tu es venu. Mais tu n'as rien remarqué de suspect, rien qui mérite les voûtes du Châtelet. Juste un abbé qui, sous couvert d'une visite charitable, s'en venait voir sa maîtresse... Rien de bien condamnable en somme, ou bien il faudrait vider les églises de Paris de la moitié au moins de leurs prêtres. Ces soupçons de commerce de poisons étaient une fausse piste, c'est ce que tu diras à ceux qui t'emploient...

Les mots étaient prononcés sur un ton monocorde, avec lenteur. Guibourg avait appris il y a fort longtemps cette technique qui permet de suggérer et d'effacer certains événements de l'esprit d'autrui ; savoir fort ancien venu de temps immémoriaux, mais que la science d'aujourd'hui se refusait à considérer. Laissant la torpeur gagner "Alexandre", il alla se camper discrètement à la fenêtre, afin de s'assurer que la mouche n'avait pas quelques compagnons qui l'attendraient tapis dans l'ombre. C'était là le plus grand danger. Il demanda à Jeanne d'aller réveiller l'aîné de leurs fils et lui demanda d'aller scruter le voisinage en compagnie de leurs complices. Dans ces quartiers, les gens de polices n'étaient appréciés de personne et on les repérait aisément ; chacun avait quelque chose à cacher, et tous participaient volontiers à ce réseau d'alerte qui permettait de mettre en échec les hommes de La Reynie. Pierre-Etienne irait aussi quérir deux hommes assez costauds, dans une quelconque taverne, pour transporter le corps du garçon quand il serait totalement évanoui...

- Qu'as-tu fais ? Tu l'as tué ? , murmura Jeanne en voyant le jeune homme dans cet état de malaise grandissant.

- Non, pas cette fois... , répondit-il avec un sourire glacial. Mais tu vois combien il faut être prudent. Il avait le code, et un certain nombre de détails. Sans doute arrachés à un véritable intermédiaire. Dorénavant, il nous faudra changer de tactique. La Voisin et Lesage vont entendre parler de moi ! Désormais, c'est chez eux que les valets prendront livraison pour leurs maîtres. Demain, tu demanderas au marchand de vin de nous donner son appartement du troisième étage, c'est plus sûr ; trouve un prétexte quelconque, par exemple qu'il te faut une chambre de plus pour l'aînée de tes filles... Voilà qui devrait le convaincre, ce bougre aime trop l'argent pour y regarder à deux fois.

Et il lui lança la bourse que ledit "Alexandre" lui avait remise. Le garçon tentait de résister aux effets de ce qu'il avait ingéré ; diable ! il était en effet courageux ! Mais c'était peine perdue : cela prendrait peut-être plus de temps, mais il finirait bien par tomber inconscient. Ce que Guibourg n'avait pu prévoir, c'est que Magdeleine serait cachée derrière la porte de la chambre ; la jeune fille n'avait pas tout saisi de la conversation, mais elle tremblait de voir le jeune invité dans cet étrange état...
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Alban Delalande
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mar 19 Jan - 20:27

*Piégé... Il s'était fait avoir comme un bleu ! Il aurait dû être plus méfiant. Cet homme était un bon acteur. Comment diable l'avait-il découvert ? Il ne lui semblait pas avoir fait de faute majeure... Il avait donné le bon code, la bonne somme... Ce n'était pas le moment de penser à cela. D'ailleurs, ses idées s'embrouillaient. Il commençait à ne plus très bien saisir ce qui se passait autour de lui. Sa tête tournait, mais il n'osait pas fermer les yeux. Et si jamais il ne les rouvrait jamais ? Il ne tenait pas à prendre ce risque. Pas si près du but. Il n'avait qu'une envie : se lever et partir loin d'ici. Mais il avait l'impression qu'on le retenait.

D'ailleurs, deux yeux apparurent devant son regard... des yeux terrifiants, froids... il était prêt à croire qu'il s'agissait des yeux du diable. Mais dans cet état, il était prêt à tout croire. Jamais il n'avait ressenti une sensation aussi désagréable. Et puis cette voix résonnait dans sa tête. Est-ce que c'était son empoisonneur qui parlait ou bien son imagination ? En tout cas, il comprenait et assimilait parfaitement ces paroles. Pourtant une partie de son esprit criait que cela était faux... ce cri s'amenuisait. Il ne voyait plus que cette vérité. Pourtant, dans un effort exceptionnel, il agrippa le bras de Guibourg, comme pour le prévenir qu'il le paierait... un geste tout à fait inconscient, vu qu'il n'était plus sûr de rien. Ce fut bref, car il se sentit lâcher prise.

Partir, ne pas dormir... lutter contre cette envie grandissante de se laisser tomber dans la torpeur. Mais plus il luttait, plus il avait mal au coeur. Il se maudissait, jurait intérieurement contre cet homme. Il s'appuya sur le rebord de la table et se leva, faisant tomber la chaise sur le sol. Il aurait mieux fait de s'abstenir : c'était pire ainsi ! Cette fois-ci, il fut bien contraint de fermer les yeux. Quelle erreur... Tout fut noir d'un coup, et il s'effondra.*
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mar 19 Jan - 23:01

L'abbé eut un mouvement de surprise quand le garçon lui saisit le bras. Assurément, il faisait preuve de la plus grande volonté pour ne pas se laisser abattre. Pourvu que la drogue fasse l'effet voulu et que son esprit ne soit pas capable de résister. Peut-être ferait-il mieux de le tuer ? Il saisit un couteau qui était sur la table, prit le garçon par les cheveux et plaça la lame sur la gorge qui palpitait...

- Je vous en prie, père ! , s'écria Magdeleine en sortant de derrière sa porte. Laissez-lui la vie sauve ! Il est si jeune !

- Magdeleine ?! , répondit l'abbé médusé. Que fais-tu ici ? Ce ne sont point tes affaires, file dans ta chambre et oublie ce que tu viens de voir ! Ta curiosité pourrait te mener tout droit en quelque cloître ! Jeanne, emmène ta fille dans sa chambre et veille à ce qu'elle reste couchée ! Maudites femmes, vous êtes donc faites pour la perdition !!!

Guibourg était furieux, et dans ces moments-là toute la mysogynie ecclésiastique se décuplait des rancoeurs envers une mère qui l'avait enfanté dans le péché... Jamais il n'avait été si dur envers sa fille chérie, mais jamais non plus il n'avait réalisé qu'elle devenait femme.

- Eh bien, "Alexandre", on dirait que tu as fait entrer dans cette maison un poison plus funeste que ceux dont je fais commerce : ma propre fille prête à me défier pour sauver ta vie ! Soit, tu ne mourras point ! Mais nous nous retrouverons, et cette fois je serai sans pitié aucune !

Le jeune homme avait fini par tomber inconscient. L'abbé alla à la fenêtre. Pierre Etienne arrivait en compagnie de deux solides gaillards. On attendit un peu, que la ronde suivante des gens du guet soit passée. Puis Pierre Etienne alla chercher une voiture qui stationna à quelques maisons de là, sous des arcades fort sombres. Alors Guibourg fit porter le corps inanimé par ses complices, mit son manteau et son chapeau et ils allèrent jusqu'à ladite voiture. On chargea le jeune policier dans la voiture, calé entre les deux malfrats, et l'abbé prit place en face d'eux.

- A Nostre Dame ! , cria Guibourg au cocher.

Et la voiture s'élança dans la nuit. Il n'y avait pas loin à aller, mais il fallait faire vite. On passa par les quais de Seine, traversa le Pont-Neuf puis la place Dauphine. Et enfin, les deux coquins déposèrent le corps inerte d' "Alexandre Delorme" aux abords de Notre-Dame, sur les rives du fleuve.

- Ainsi tu ne seras pas loin de ton Châtelet, la mouche ! Pardonne-moi de ne point attendre ton réveil, mais quelque affaire urgente m'appelle, ricana l'abbé depuis la portière.

C'était en effet assez culotté de sa part, le Châtelet n'étant qu'à fort peu de distance de là. Mais l'abbé aimait le risque quand il le contrôlait. Il jeta quelques pièces aux malandrins qui l'avaient aidé, et tira les rideaux. La voiture se remit en marche. Il ferait quelques détours, puis se ferait déposer rue St-Honoré, d'où il n'aurait que peu à marcher pour regagner sa demeure. Il lui faudrait encore tenir les femmes de sa maison, leur inspirer assez de crainte pour qu'elles obéissent. Demain, il veillerait lui-même à leur déménagement au troisième étage de la maison... Ce dont l'abbé n'avait pas conscience en cet instant, c'est que le prénom de sa fille pouvait faire basculer leur destin à tous.
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mar 19 Jan - 23:29

*Alban avait-il vraiment conscience de ce à quoi il avait échappé ? Il n'en était pas vraiment sûr. Avant de sombrer, il avait eu une impression désagréable. L'impression d'être happé vers un autre monde, avant de retomber brutalement. Tout se mélangeait dans son esprit. Des lieux, des objets, des noms... S'il reprenait conscience, peut-être qu'il arriverait à les mettre en ordre.
Drôle de sensation que d'être plongé dans le noir et le silence. Est-ce cela, la mort ? Non, il dormait juste... un sommeil sans rêve. Un sommeil duquel il voulait échapper à tout prix. Alban aimait la vie. Il ne voulait pas mourir.
Drôle de sensation que ce sommeil. Sommeil de mort...

Pourtant, il commençait à retrouver quelques sensations. Il avait froid. Le son de l'eau lui parvenait aux oreilles. On l'avait jeté dans la Seine ? Non, il était sec, il respirait. Des odeurs familières. Les odeurs des rues de Paris. Sa tête était encore lourde... mais il en avait conscience. Etrange, cette fois il craignait d'ouvrir les yeux et d'affronter la réalité. Il fallait pourtant s'y résoudre. Il entendait des voix. Etait-ce lui qu'on appelait ? "Monsieur"... "Delalande"... Delalande... oui, c'était son nom... Où était-il ? Qui lui parlait ? Il gémit et entrouvrit les yeux. De la lumière. Il les referma aussitôt. Il avait l'impression que l'on jouait du tambour dans sa tête. On le secouait. Il grogna et ouvrit progressivement les yeux. Trois hommes le regardaient. Des visages connus, des "collègues" de la profession. Il n'était pas mort ? Où était-il ? Que s'était-il passé ?

Comme si la réalité le ratrappait, il se redressa brutalement, l'air hagard. Il haletait plus qu'il ne respirait, comme s'il sortait d'un mauvais rêve. Il regarda tout autour de lui. Un endroit familier. Ce n'était pas le Châtelet là-bas ? Comment diable était-il arrivé là ? Ils se posaient tous la question. Il se redressa tant bien que mal, aidé par un policier. Il essayait de se rappeler. Il avait suivi une piste dans les bas-fonds. Il ne se souvenait plus avoir vu quelque chose de suspect. Mais dans ce cas, pourquoi s'était-il endormi ici ? Il ne sentait pas l'alcool, il n'avait pas bu plus que de raison. Il chercha dans les poches de sa veste. Sa bourse avait disparu. Avait-il été volé en rentrant et assomé ? C'était plausible, d'autant qu'il n'était pas armé. Un mauvais coup aurait pu expliqué cela... mais aucune échymose, aucune trace de coup. Et pourquoi son esprit criait le nom de "Magdeleiné" ?

Il soupira et accepta de se faire reconduire chez lui. Il avait besoin de se reprendre... il demanderait un congé à La Reynie. Il se faisait une affaire personnelle de se rappeler sa mésaventure.*
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MessageSujet: Re: L'abbé étend son commerce   Mer 20 Jan - 15:05

La voiture déposa l'abbé rue St-Honoré, comme convenu. Il paya grassement le cocher, puis s'engagea sans tarder dans les ruelles du quartier du Louvre pour regagner sa demeure. L'incident de ce soir lui avait fait entrevoir combien il fallait redoubler de prudence. Il ne voyait qu'une explication possible : un intermédiaire s'était fait prendre et avait parlé aux gens de La Reynie. Son subterfuge pouvait marcher, néanmoins il faudrait brouiller toutes les pistes menant à lui.

* La peste soit de ceux qui ne savent tenir leur langue ! Tenir leur langue... C'est une idée ! Si nous utilisions pour les courses des hommes à la langue mutilée ? Blasphémateurs, par exemple... Ou des muets ? Ainsi même les tourments au Châtelet ne leur arracheraient aucune information ! Il faudra que j'en parle à Lesage... *

Il monta quatre à quatre les escaliers et s'engouffra chez lui. La maison était calme, aucune trace de la soirée. Jeanne avait pris soin de tout ranger, craignant sans doute la méchante humeur dans laquelle il se trouverait à son retour. Il se servit un dernier verre de vin bien mérité, puis gagna la chambre, où il se dévêtit et se coucha auprès de Jeanne.

- Jeanne, murmura-til, je dois te parler.

- Je ne dors pas, répondit-elle d'une voix tremblante. Comment pourrais-je trouver le sommeil ?

- Balivernes ! Tu le trouveras quand j'en aurai fini avec toi, je puis te l'assurer ! Mais parlons d'abord. Demain, en partant pour St-Denis, je passerai voir le marchand de vin. J'obtiendrai qu'il te donne l'autre logement. Tu déménageras avec les enfants dès qu'il t'aura remis les clefs. Pierre Etienne te trouvera de l'aide s'il en faut... Pendant quelque temps, je resterai le soir à St-Denis, c'est plus sûr pour nous tous, puisqu'en tant que vicaire je suis tenu à résidence dans ma paroisse de nomination. Si quelqu'un d'autre que l'une de nos connaissances te parle de moi, dis que tu ne me connais pas ; avec tes bondieuseries offusquées, on te croira sans peine !

Lentement il ouvrit la chemise de Jeanne et commença à caresser cette peau blanche dont le temps semblait épargner pour un temps encore la douceur.

- Et il y a Magdeleine... Voilà un problème que je n'avais pas vu venir... Tu as vu comment elle regardait ce garçon ? Et l'audace qu'elle a eu d'intervenir en sa faveur ?

- Elle grandit, Etienne... J'avais son âge quand...

- Justement, je ne veux pas de cela pour ma fille ! Vois dans quelles turpitudes notre histoire t'a plongée... Il est à espérer qu'elle n'ait entendu que fort peu de choses. Mais elle ne manquera pas de t'en parler ; détrompe-la, trouve des parades. Et interdis-lui de reparler de ce garçon ! Tiens, fais-lui peur avec tes histoires d'hommes qui précipitent les jeunes filles naïves dans le péché ! Je vais voir avec le curé de St-Marcel s'il y a moyen de la faire entrer en quelque couvent de sa connaissance... Qu'elle le veuille ou non, Magdeleine fera un bon mariage, et elle y arrivera pure !

- Non, Etienne, je t'en prie ! Pas le couvent ! Tu ne peux pas m'enlever ma fille... Notre fille que tu aimes tant ! Prends au moins le temps de lui parler auparavant...

- Je lui parlerai quand bon me semblera, femme ! Je ne sais comment toutes ces sottises entrent soudainement dans le coeur des filles, mais le fait est que ma fille en est atteinte elle aussi... Et son maître de musique ? Je la trouve bien assidue ! T'es-tu au moins assuré qu'il soit d'un âge convenable ? Je préfèrerais encore qu'elle termine sa vie en sainte plutôt qu'en catin ! Elle ira au couvent, l'affaire est entendue !

Et sans autre préambule, il goûta sur les lèvres de sa maîtresse la douceur de leur relation illicite. Une fois de plus, des larmes coulaient en silence sur les joues de Jeanne. Que le prix à payer pour cette mauvaise vie était bien cruel ! Aucune douleur ne lui serait donc épargnée tant qu'il y aurait en elle un souffle de vie ?! Pas même celle de voir son péché retomber sur ses enfants...
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L'abbé étend son commerce
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