L'Affaire des Poisons

1670, entre Messes Noires et sombres complots, pénétrez la plus effroyable affaire de tous les temps !
 
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 Ironie quand tu nous tiens...

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Molière
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MessageSujet: Ironie quand tu nous tiens...   Lun 6 Juil - 1:02

On a beau être un dramaturge, cela ne vous empêche pas d’être au demeurant une personne fort sociable et fort aimable ! On a beau être un comédien, cela ne fait pas de vous un mauvais farceur capable de se rendre ridicule par maintes facéties dans la vie privée ! Selon ces deux qualifications, Molière était plutôt du second genre, mais ce qui le différenciait des autres comédiens, c’est qu’il était parfaitement capable de se donner en spectacle rien que pour s’amuser et pour amuser la galerie, même si le plus souvent avec un verre dans le nez (à la différence de Lully qui faisait le pitre uniquement quand il était sobre, et une fois ivre, n’avait plus rien d’amusant) ! Dans cette optique là, le grand Molière était allé dans une petite auberge bien tranquillement entre deux répétitions et deux scènes de ménage avec son épouse, histoire de prendre un peu de bon temps avant de repartir de bon train à l’ouvrage qu’il avait promis au roi. Finalement, il s’était révélé que la pièce avançait gentiment, Lully lui-même s’était même mis à la plume pour écrire autre chose que de simples ronds sur cinq lignes parallèles, puisqu’il avait rédigé toute une scène de la pièce, qu’il avait fait répéter lui-même à la troupe. A croire que décidément le travail d’équipe, il n’y avait que cela de vrai et d’authentique dans les métiers des arts et tous les domaines y afférents : chorégraphie, mise en scène, décors, machineries, costumes, théâtre, chant, danse, musique ! Tout cela réuni ! Leur métier n’était-il donc pas merveilleux ?

Fort de cette énième satisfaction, le grand auteur qu’était monsieur Molière s’était accordé une pause, donc, comme je le disais ci-dessus. Il s’était donc dans ce dessein rendu dans l’une des petites auberges sympathiques tenues au cœur de Paris par de bonnes gens fort sympathiques, y avait pris un cruchon de vin rouge corsé, et avait commencé à boire tranquillement tout en réfléchissant de temps en temps aux suites que pourraient avoir sa pièce en cours, mais surtout en riant aux farces lancées à la cantonade par des gens passablement enivrés. Il se sentait bien dans cette atmosphère libérée de toute contrainte telle qu’elle soit, libérée de toute pression, de tout souci. Il se sentait même rajeuni de plusieurs années, et trouvait sa santé bien meilleure qu’à l’ordinaire. Mais il le savait bien, cette situation ne durerait que le temps d’un verre ou deux, c’était donc pour cela qu’il prenait bien son temps et tâchait un maximum de décompresser, d’évacuer tout le stress dont il avait été l’innocente victime (peut-être pas si innocente que ça, la victime, mais victime quand même) les derniers jours durant, et par la même occasion de prendre un peu de repos bien loin du théâtre dans lequel il lui semblait qu’il passait sa vie ; bien loin de cette maison où il vivait et qui ne lui apportait que déboires et malheurs, entre la mort de son fils aîné et ses sempiternelles disputes avec une femme dont il était à moitié séparé et qui passait son temps à découcher pour fréquenter d’autres jeunes personnes d’âge bien inférieur au sien. Ah si seulement de tels instants de félicité pouvaient durer des jours, des semaines, des mois, des ans et des éternités ! Mais c’était là se leurrer bien trop n’est-ce pas ? Bien entendu, il n’avait pas assez de chance pour que le repos dure assez longtemps. Et de fait, à peine eut-il pensé cela qu’il entendit appeler son nom. Il pensa un juron des moins recommandables et se retourna pour voir qui pouvait donc être cet importun qui avait le culot de le déranger dans son maigre temps de repos.
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Molière
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MessageSujet: Re: Ironie quand tu nous tiens...   Sam 18 Juil - 23:40

Le verre se vidait doucement, et puis se retrouvait vide. Il le remplissait alors bien plus rapidement, en une ou deux secondes, et recommençait à le vider, tel un mouvement perpétuel. Il buvait doucement, toutefois, et ne se sentait point du tout enivré par l’alcool, alors qu’il griffonnait quelques mots au hasard sur un calepin sorti tout exprès. L’inspiration ne venait curieusement que lorsque l’on ne l’attendait pas du tout. Y compris dans ce genre de situations des plus….euh… étranges, dirons-nous, étant donné qu’il n’était pas commun chez quelqu’un comme Molière de se rendre dans une taverne, et à plus forte raison de consommer plus de deux petits verres de rouge (sans quoi il était vaincu par la boisson, titubait à chaque pas et s’effondrait tout les six mètres environ) sans personne avec qui discuter entre deux gorgées. La situation ne lui était pas familière, ou du moins pas si familière que cela, et il ne prenait pas vraiment garde à ce qu'il faisait exactement. Il buvait une gorgée, griffonnait quelques mots, quelques phrases, quelques idées lorsqu'il en avait, ou restait à regarder devant lui d'un air absent en attendant l'arrivée de Dame Inspiration, laquelle semblait par moments se faire désirer. La maudite, la traitresse qu'elle pouvait être par moments ! Il en venait presque à la détester, cette brave dame qui pourtant lui faisait souvent connaître le plaisir d'être félicité par le roi...

Il en était là dans ses pensées lorsqu'il crut qu'il avait trop bu, tant il lui semblait qu'il avait la berlue ou quelque chose de similaire. Ma foi, ce que ce vin devait être fort ! Il devait être totalement ivre, mais il se sentait pourtant encore parfaitement sobre, pourtant... Mais que pouvait-il donc lui être arrivé ? Serait-il malade ? Enfin, plus qu'à l'habitude ? Il se tâta le front, se pinca le bras, papillonna des paupières. En vain. L'apparition refusait de disparaitre de ses yeux gris-bleu ronds de stupeur. Par tous les saints du paradis, c'était bien la reine qu'il voyait sous ce capuchon, dans cette auberge du commun ? Mais que fichait-elle là ? Enfin, si elle était réelle, c'était évident... parce que sa réalité, Molière en doutait beaucoup, ne me demandez pas pourquoi et ne lui demandez pas pourquoi non plus, tant la chose paraissait évidente ou presque. La reine. Ici. Qui commande un verre de vin. Clair, là, il devait être totalement ivre, au bord du coma éthylique. Et elle l'appelait. Il tourna les yeux vers le visage de la souveraine, et s'effaça dans une toute petite révérence, plus vite signe de tête que révérence explicite. Il savait bien que prendre le risque de s'effacer dans une grande révérence ne serait pas fort apprécié : la reine n'était probablement pas dans les coeurs de tout le monde présent ici. Il se leva alors, l'invita à s'asseoir près de lui et l'écouta. Sa demande l'étonnait, mais il se taisait tout de même. Il lui devait obéissance. Et puis, lui venir en aide ne lui déplaisait pas outre mesure, après tout...


- Je vous écoute, madame, et suis à votre service. Mais je vous conjure de boire d'abord, afin de ne point vous attirer les hargnes de la tenancière.
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MessageSujet: Re: Ironie quand tu nous tiens...   Mer 22 Juil - 23:13

Pour se sortir de ce mauvais pas dans lequel la reine les avait fourrés, il ne voyait pour sa part pas trente-six solutions. Il leur fallait reprendre du métier ! Enfin, il lui fallait reprendre du métier, et elle elle allait devoir apprendre le métier de comédienne sur le tas, parce qu'il ne pouvait pas vraiment se permettre de la laisser courir des risques ainsi. Ils allaient devoir jouer au couple ou aux amis, mais en tout cas ne pouvaient pas rester distants, ce serait considéré comme étrange de la part des gens simples qui fréquentaient cette auberge de Paris. Il n'oserait pas la traiter comme l'on traite une quelconque femme du vulgaire, cela était sûr, mais il ne pouvait pas non plus rester distant et froid, sans quoi on ne comprendrait pas pourquoi tous deux étaient assis ensemble, et pourquoi elle s'était dirigée vers lui d'un pas presque assuré, sans regarder les autres. Il semblait évident à la moitié de l'auberge que monsieur Molière avait un rendez-vous galant avec cette mystérieuse femme qui venait à peine d'entrer et refusait d'ôter ne fut-ce que son capuchon, ne buvait qu'un verre de vin et ne comptait pas rester. Ils devaient d'ailleurs partir ensemble, mais il fallait avant tout que Molière mette sa pauvre souveraine au courant de certaines choses : la première, c'est qu'elle allait improviser un peu de théâtre, à la mode italienne, avec lui. La seconde : il fallait qu'ils quittent leurs rangs respectifs et se retrouvent égaux... Chose que le comédien fit donc, en lui chuchotant presque à l'oreille et en lui lançant quelques oeillades pour ne pas laisser croire qu'ils étaient en réalité des espions. Le tout semblait fort galant... Si seulement ils savaient !

- Ma dame... Nous allons devoir jouer au théâtre, fit alors Molière de sa voix grave et douce, en la regardant dans les yeux. Veuillez me pardonner par la suite les outrages que je risque de faire à votre rang, mais il serait douteux aux yeux de ces gens que nous ne nous montrions pas plus familiers que cela. Je vous en prie, ma dame, tentez de le faire si vous voulez ne pas être reconnue. Je vous raccompagne chez vous, n'ayez crainte. Mais par pitié, faites ce que je vous dirai de faire !

Sur ce, le comédien lui baisa la main d'un air tendre, espérant qu'elle ait compris ce qu'il attendait d'elle. Bien sûr, que c'était de la comédie, il n'oserait pas faire tout ceci en public (surtout en public !) ou en privé à Versailles, encore moins qu'il n'oserait manquer de respect à sa reine, mais là il n'était pasz à Versailles justement, et s'il ne se montrait pas quelque peu irrespectueux à son égard, il risquait fort de se voir découvert, ou plus exactement de la voir découverte, chose qu'il ne désirait pas du tout. Les prostituées étaient parfois hélées par le vulgaire, mais les reines y étaient détroussées, et parfois pire, surtout lorsqu'elles se trouvaient sans garde. Il valait mieux prendre ses précautions. Molière but quelques gorgées de vin, vida son verre à peu près en même temps que sa compagne, et lui prit les mains.

- Nous entrons en scène, ma dame. Veuillez me pardonner.

Il la prit à la taille, la ramena avec lui, s'approcha du comptoir et paya grassement le tenancier avant de sortir avec elle et de la mener jusqu'à son simple fiacre.
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MessageSujet: Re: Ironie quand tu nous tiens...   Ven 21 Aoû - 19:40

Le comédien était enchanté du fait que la reine acceptait pour rentrer chez elle de se faire passer pour une jeune femme dont il était le soupirant. Quand bien même elle n’était plus si jeune que ça… mais ce n’était pas dramatique en soi. Molière aurait presque pu être le père de Sa Majesté la Reine de France Marie-Thérèse d’Espagne, mais étant donné la réputation d’incestueux qu’il avait déjà à se farcir de par son mariage avec Armande Béjart (mariage désastreux, d’ailleurs) on pouvait dire qu’il n’y voyait presque aucun inconvénient. D’ailleurs, à la Cour, beaucoup de demoiselles de condition moyenne (petite et moyenne noblesse) épousaient de vieux barbons décatis dans le but d’obtenir un bel héritage une fois l’encombrant mari éloigné du chemin de la demoiselle (et du chemin de la vie par la même occasion, la seule possibilité pour se débarrasser d’un vieux mari étant d’attendre calmement qu’il vienne à mourir). Molière était de ceux là, et le beau mariage qu’il avait contracté avec la fille de sa comédienne Madeleine Béjart n’était au fond qu’un mariage d’intérêts chez la demoiselle maintenant aussi odieuse qu’une duchesse car elle était devenue « Madame Molière », vous pensez ! Le plus grand des honneurs ! Elle se parait de bijoux et de riches robes, dilapidait l’argent qu’il gagnait dans les représentations, se permettait bien des extravagances en le seul nom du mariage. Et lui, malheureusement, il l’aimait sincèrement… elle, par contre, n’aimait que la bourse de son comédien de mari. Situation regrettable entre toutes aux yeux du malheureux Molière, qui ne parvenait à se sortir de cette situation inextricable. Aussi sa situation présente en compagnie de la reine de France, lui faisait-elle mal au cœur, bien qu’il soit doté d’une grande qualité, celle de pouvoir dissimuler ses sentiments ou plus exactement les transformer, les faire passer pour autres que ceux qu’il ressentait réellement… L’art du parfait petit comédien, en résumé.

Il aurait voulu qu’Armande fût à l’image de la Reine de France : une épouse fidèle, discrète et délicate, douée pour le théâtre qui plus est, mais avant tout une épouse qui l’aime lui plutôt qu’elle n’aimait sa bourse. Armande Béjart mariée Poquelin Molière était très différente de cela… Elle était très belle, au contraire de lui qui se faisait vieillissant et qui n’avait jamais eu une grande beauté, le peu de charme qu’il pouvait avoir possédé étant altéré par la maladie. Et en vertu de cette beauté qu’elle possédait mais qu’il ne possédait pas, madame Molière se permettait bien entendu toutes les infidélités possibles et inimaginables avec de jeunes gens mieux faits que son comédien de mari, qui n’était au fond que juste bon à écrire pièce sur pièce afin de rapporter au couple Molière de quoi vivre décemment pour lui et de quoi se parer de mille et mille feux pour elle. Leurs enfants ? Seule Esprit-Madeleine vivait encore, ses deux fils étant décédés en bas-âge. Il n’était même pas assez digne d’elle pour qu’elle consente à lui donner un héritier en pleine santé… Quant à sa douceur, elle n’était pas assez aimable pour le respecter. Au moins traitait-elle bien leur fille, et c’était peut-être tout ce que Molière pouvait espérer de la part de son épouse. Et bien entendu, Armande n’avait pour lui plus aucune affection. Et pourtant, elle l’avait quasiment forcé à l’épouser… Mais souvent femme varie, dit-on si bien en Italie ! La donna è mobile ! Et à ce niveau là, Armande était le modèle incarné de la parfaite femme… Si imparfaite que Molière regrettait parfois son mariage, se souvenant avec tristesse de son célibat et de la liberté qu’il lui procurait.

Il adressa un sourire à la reine, alors qu’elle lui répondait sur un ton tendre en se penchant vers lui. Oh, comme il aurait désiré qu’elle soit Armande, à ce moment là, ou plutôt qu’Armande soit la reine (elle aurait largement de quoi satisfaire ses envies de robes et de bijoux, la bourse du roi étant un véritable tonneau des Danaïdes éternellement plein) et que l’infante d’Espagne soit son épouse… Enfin bon, les choses étaient ainsi, il ne pouvait les changer. Il ne répondit pas à celle qu’il faisait passer pour sa fiancée, et le couple improvisé de comédie italienne se retrouva rapidement dans le fiacre de Molière. Les acteurs ne saluèrent pas le public, mais pourtant la pièce avait prit fin depuis longtemps. La reine fut la première à s’adresser à lui, alors que les deux « amoureux » de pacotille prenaient la direction de Versailles, où Molière possédait des appartements : cette destination pour un rendez-vous galant ne semblait donc pas étrange. Il sourit avec nonchalance aux remerciements de la reine.


- Allons, ma Reine, vous me voyez ravi de pouvoir vous rendre service et ainsi de vous sauver de l’embarras ! Quant à votre prestation, je dois avouer que je l’ai trouvée digne d’une comédienne… Enfin quoique. Une comédienne aurait fait plus de parade, une tragédienne plus de mélodrame. Vous appartenez à un genre d’acteurs qui n’existe pas encore… pas à ma connaissance du moins.
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